[Dossier L’Union après la crise] Allemagne - “La crise a fait apparaître de profondes inégalités”

Publié le 27/07/2020

Andreas Botsch est responsable du service International du DGB, organisation syndicale majeure en Allemagne. Selon lui, la crise a permis de vérifier la résistance du système de santé et de prendre conscience de fortes inégalités dans l’enseignement. Rencontre.

Comment le système de santé allemand a-t-il résisté au choc de la pandémie de Covid-19 ?

Aucun système de santé européen n’était préparé à ce choc. Mais, en Allemagne, nous avons bénéficié de deux atouts. Tout d’abord, le nombre de lits d’hôpitaux dédiés aux soins intensifs est supérieur à ce qui existe dans le reste de l’Europe. Ensuite, la communication du gouvernement a été très bonne et la population a globalement suivi les conseils de confinement. Il y a bien eu quelques mécontents estimant que le déconfinement n’allait pas assez vite mais c’est une minorité. Jusqu’à la reprise de l’activité, nous avions une stratégie nationale. Depuis, les Länder élaborent leur propre stratégie, et il y a une sorte de compétition entre eux et des règles qui diffèrent.

Qu’en est-il du chômage partiel ?

Il est très élevé. Au plus fort de la crise, fin mai, il a concerné 750 000 entreprises et 10,1 millions de salariés. Son fonctionnement est assez simple. Les employeurs demandent à la Sécurité sociale de payer 60 % du salaire du travailleur, 67 % s’il a des enfants, pendant trois mois. Ce salaire de remplacement augmente au quatrième mois, il passe à 70 et 77 % puis au septième mois à 80 et 87 %. Pour les trois premiers mois, le DGB estime que c’est insuffisant. Il y a eu des débats entre les sociaux-démocrates (SPD), qui voulaient le porter à 80 et 90 %, mais les démocrates-chrétiens (CDU) ont refusé. Nos fédérations ont vivement réagi. Dans certains secteurs, elles ont signé des accords qui augmentent ces indemnisations à 90 %, c’est le cas dans la métallurgie, la construction et dans certains Länder.

Où en est le télétravail ?

De plus en plus d’accords d’entreprise sont signés mais il n’y a pas encore de réglementation globale. Le ministre du Travail souhaite qu’avance un droit du télétravail. Pour l’enseignement à distance, par exemple, c’est un vrai bazar : de profondes inégalités entre les familles se sont fait jour. On a vu à quel point il est difficile de suivre des cours dans une famille ne disposant que d’une tablette ou d’un smartphone pour plusieurs enfants. C’est une nouvelle donne sur laquelle le DGB a préparé des revendications et obtenu satisfaction avec le plan de relance [lire l’encadré]. Le DGB lui-même a progressé dans sa digitalisation, nous avons augmenté nos moyens de communication. Nous avons remarqué qu’ils nous font gagner beaucoup de temps ; nous allons certainement moins voyager à l’avenir.     

 Propos recueillis par dblain@cfdt.fr

photo : © RÉA

 

Un plan de relance de 130 milliards d’euros

La quatrième puissance mondiale connaît une forte augmentation du chômage depuis le début de la crise. Il était de 5,2 % juste avant, il est passé à 6,1 % à la fin avril, soit 2,8 millions de personnes, et pourrait atteindre rapidement 7 % selon des prévisions. Toutefois, l’augmentation ralentit. Elle est plus faible en avril qu’en mars. Le sous-emploi touche quant à lui 3,57 millions de travailleurs, c’est 383 000 de plus qu’en mai 2019.

Face à ces mauvais chiffres, la Chancelière a présenté un plan de relance de 130 milliards d’euros dont 50 milliards sont consacrés au changement climatique et à la digitalisation. Le DGB a salué ce plan qui prévoit de soutenir les familles avec enfants en difficulté grâce à un plan familial d’urgence mais aussi des baisses de TVA et de taxes sur les énergies. Une grande partie des fonds du plan viendra en appui des industries du transport (automobile, rail, maritime et aéronautique).