[Dossier L’Union après la crise] Italie/ Les syndicats appellent à aller plus loin

Publié le 27/07/2020

Protection sociale, service public… : pour les syndicats italiens CGIL et CISL, il est urgent de tirer les conclusions de la crise sanitaire, au risque de faire le jeu des populismes et de voir les Italiens tourner le dos à l’Union européenne.

« La crise sanitaire a fait exploser les inégalités qui existaient déjà dans notre pays. Elle a révélé l’effet désastreux des coupes budgétaires dans nos services publics, en premier lieu l’hôpital. Elle a aussi mis au jour les conséquences de la déréglementation du marché du travail », insiste Salvatore Marra, chargé des affaires européennes et internationales pour le syndicat italien CGIL (Confederazione Generale Italiana del Lavoro). À travers le pays, le virus a engendré une peur croissante des Italiens pour leur futur. La peur de ne pas pouvoir être correctement soignés, la peur de perdre leur emploi. La peur de ne pas pouvoir payer leurs factures. « Il faut redonner de l’espoir. Nous avons évité le pire, mais cela ne suffira pas à long terme », poursuit Andrea Mone, coordinateur de la politique européenne de la CISL (Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori).

Les mesures adoptées en urgence doivent servir de base à un nouveau système

Si des réponses face à l’urgence ont été mises en place, grâce à l’action des organisations syndicales – comme l’extension de cassa integrazione (le dispositif de chômage partiel) à tous les secteurs (jusqu’à un salarié sur quatre a été concerné), la création d’une prime pour les travailleurs indépendants, l’introduction d’une prime pour garde d’enfant ou la signature d’un protocole contraignant en matière de sécurité des travailleurs – avec le patronat et l’État, les syndicats italiens appellent à aller plus loin. « Les Italiens sont en colère. Nous demandons des changements radicaux. Notre modèle de développement a montré ses limites », insiste Salvatore Marra.

Même son de cloche chez son homologue de la CISL. « Les mesures qui ont été mises en place doivent permettre de jeter les bases d’un nouveau départ. » Transition écologique, lutte contre la précarité, financement du système de protection sociale, régularisation des migrants, emplois de qualité, réinvestissement dans les services publics… « Faire les bons choix maintenant contribuera à un avenir meilleur », insiste le syndicaliste. Pour la CGIL, la réponse doit aussi venir de l’Union européenne. « Aujourd’hui, il n’est plus permis de hisser le drapeau de l’austérité. Nous avons besoin d’instruments financiers solides comme les euro-obligations, la mutualisation de la dette ou des investissements sans conditionnalité. Soit les réponses sont à la hauteur, soit l’Europe n’existera plus. »

glefevre@cfdt.fr

©Photo FrancescoMilitelloMirto


La menace nationaliste

«Les Italiens ont très mal vécu l’absence de solidarité européenne, explique Marc Lazar, directeur du centre d’histoire de Sciences Po Paris et spécialiste de l’Italie. Ils ont eu l’impression d’être livrés à eux-mêmes.» Il observe un très net sentiment de repli sur soi de la population transalpine. Si le phénomène s’est traduit par un respect rigoureux des règles pendant le confinement et par la grande confiance témoignée à leur gouvernement, «les Italiens ont mis leurs différends entre parenthèses», il ne s’agit pas nécessairement d’une bonne nouvelle. Dans un sondage paru en avril, seuls 51 % des Italiens déclarent vouloir rester dans l’Union européenne. Plus inquiétant, un sondage de l’institut SWG, publié en avril, montre que les Italiens considèrent la Chine (52 %) et la Russie comme les principaux pays amis et l’Allemagne (45 %) et la France (38 %) comme les principaux pays ennemis.

Selon Marc Lazar, l’Italie est à un carrefour. Si les populistes n’ont pas eu l’opportunité de s’exprimer pendant la crise, ils ne s’en priveront pas dans les mois à venir, d’autant que pointe le spectre de la récession (– 9 % selon les estimations). «Les Salvini et autres diront qu’ils avaient prévenu des risques qui pèsent sur le pays avec l’absence de maîtrise des frontières. Ils répéteront à l’envi que l’Union européenne n’est pas un rempart et qu’il est grand temps d’affirmer la souveraineté nationale.» Et le politiste de prévenir : «Plus l’Italie fait nation, plus elle s’éloigne de l’Union européenne.»