[Dossier L’Union après la crise] Pologne, la démocratie à l'épreuve du virus

Publié le 27/07/2020

Sur le front est, la bataille ne se disputait pas sur le champ de la santé mais de la scène politique. Le 10 mai devait se tenir  l'élection présidentielle, enjeu majeur pour le Pis, le parti conservateur au pouvoir. Mais tout ne s'est pas déroulé comme prévu.

Quelques foyers épidémiques ont été signalés au début juin en Pologne dans les mines de charbon de Silésie mais le pays reste relativement épargné par la pandémie de Covid-19 jusqu’à présent. Pendant qu’ailleurs en Europe on bataillait contre le coronavirus, Varsovie était le théâtre d’un imbroglio politique.

Les hôpitaux n’ont jamais été débordés, contrairement à ce que l’on pouvait voir sur les images venues de France, d’Italie ou d’Espagne.

Les mesures de confinement, prises très tôt, ont été suivies à la lettre par une population disciplinée. « Le 6 mars, toutes les écoles ont fermé, puis le confinement a été déclaré mais nous avions quand même le droit de sortir, raconte Justine Salvestroni, journaliste indépendante à Varsovie. Les hôpitaux n’ont jamais été débordés, contrairement à ce que l’on pouvait voir sur les images venues de France, d’Italie ou d’Espagne. La gestion de la crise sanitaire par le gouvernement était largement approuvée par les Polonais. »

L’issue de l’élection présidentielle, qui doit alors se tenir le 10 mai, ne fait aucun doute ; le président sortant, le conservateur Andrzej Duda, est porté par une opinion favorable. L’enjeu est important pour le parti ultraconservateur Droit et Justice (PiS), à la tête du pays depuis quinze ans et dont les atteintes à l’État de droit ont plusieurs fois été signalées par l’Union européenne.

Mais, en plein confinement, l’organisation des élections pose problème. « Tout le monde pensait qu’elles seraient reportées, l’annonce de leur maintien par Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti PiS, qui dirige en réalité le gouvernement, a provoqué une réaction de sidération dans la population », explique Justine Salvestroni. Le gouvernement évoque alors la possibilité d’organiser les élections par correspondance, puis y renonce devant la colère des partis d’opposition et des ONG, et finit par annuler le vote.

Le président Duda, que l’on voyait se pavaner dans sa maison de campagne en pleine crise, a été très critiqué »

Suivra une période d’incertitude avant que la date du 28 juin soit annoncée. L’électorat traditionnellement acquis aux conservateurs est ébranlé. « Le président Duda, que l’on voyait se pavaner dans sa maison de campagne en pleine crise, a été très critiqué », souligne la journaliste. Autre maladresse, le 10 avril, Kaczynski se rend à Smolensk en Russie, pour une commémoration sur le lieu de l’accident d’avion où son frère jumeau a trouvé la mort en 2010. « Cette attitude a scandalisé la population, qui était alors privée de la possibilité de se recueillir dans les cimetières, une habitude à laquelle les Polonais sont très attachés. » Ultime coup dur pour le gouvernement, le ministre de la Santé, qui s’est rendu populaire pour sa gestion de l’épidémie, est épinglé dans une affaire de corruption.

Parallèlement, le principal parti d’opposition (Plate-forme civique, de centre droit) change de candidat et porte son choix sur Rafał Trzaskowski, qui a emporté devant le PiS la mairie de Varsovie en 2018 et dont la cote ne cesse de grimper. Libéral, proeuropéen, le nouveau candidat s’est distingué en signant une charte de défense des droits des LGBT, particulièrement persécutés par le pouvoir en Pologne. Si les voix d’un électorat jeune, éduqué et citadin lui semblent acquises, il n’en va pas de même pour une autre partie de la société polonaise, plus rurale et traditionnelle… Verdict à la fin juin.  

mneltchaninoff@cfdt.fr   

©Wotjek Radwanski

 

Une Pologne mal armée contre le chômage

Malgré deux « boucliers anticrise » successifs de 47 milliards d’euros en mars puis de 22 milliards en avril, finançant le chômage partiel, les aides aux entreprises et aux travailleurs indépendants, la Pologne s’apprête à subir un choc inédit. Son entrée en récession pourrait s’accompagner d’un chômage élevé, à 9 ou 10 %, du jamais vu dans cette société du plein-emploi où les filets de sécurité sont minces.

« Les allocations chômage ne dépassent pas 200 euros par mois, [le salaire minimum est de 523 euros], ce n’est pas suffisant pour assurer la survie des salariés qui vont perdre leur emploi », s’alarme Adam Rogalewski, responsable international du syndicat OPZZ. Les jeunes seront les premiers impactés. Autre sujet de mécontentement, les aides de l’État ne parviennent pas en temps en heure à leurs destinataires. Des manifestations spontanées se produisent chaque week-end dans la capitale et les grandes villes. « Ce sont des petits entrepreneurs pour la plupart, le mouvement est assez similaire à celui des gilets jaunes en France », relate la journaliste Justine Salvestroni. « Il y a un réel mécontentement dans la population, ajoute Adam Rogalewski. Ce gouvernement ne soutient pas suffisamment les salariés. »
Le syndicaliste souligne également les offensives menées par le gouvernement contre le dialogue social. « Le Parlement a adopté une disposition permettant au Premier ministre de récuser les membres du Conseil du dialogue social pendant toute la durée de la pandémie », s’indigne-t-il. Les syndicats polonais ont dénoncé cette atteinte à la démocratie sociale et la Confédération européenne des syndicats a alerté la Commission européenne dans ce sens.