Mobilités durables : tous en selle

Publié le 10/06/2020

Depuis bientôt un an, une dizaine de sections syndicales des Hauts-de-Seine et des Yvelines se sont regroupées au sein du collectif « Vélotaf CFDT » afin de promouvoir les mobilités douces. Ces militants tout terrain, qui encouragent la pratique du vélo, agissent auprès des employeurs et des collectivités territoriales pour mener à bien leur « vélorution ».

Brûler des calories, économiser de l’argent, réduire les émissions de gaz à effet de serre… « Les raisons de se mettre au vélo ne sont plus à prouver. Cette crise sanitaire nous montre que les modes de déplacement en Île-de-France doivent être totalement repensés et adaptés à la réalité des usages et des usagers », lance Hervé, militant CFDT et élu au sein de l’entreprise industrielle aéronautique et spatiale MBDA, basée au Plessis-Robinson (92). Les mesures de distanciation physique prises à la suite au déconfinement dans les transports en commun viennent ajouter à la saturation structurelle des réseaux RATP et SNCF, mais aussi aux interminables bouchons qui engorgent le réseau routier francilien.

Pour Hervé, cycliste convaincu, il est grand temps de se tourner vers les modes de circulation doux. Un objectif qu’il partage avec les militants et adhérents CFDT de plusieurs entreprises du bassin d’emploi de Vélizy-Noveos, qui s’étend de Clamart (92) à Vélizy-Villacoublay (78) et de Châtenay-Malabry (92) au Plessis-Robinson. Salariés de Dassault, Safran, Thalès, Renault, PSA ou encore Altran, ils se sont organisés au sein du collectif Vélotaf-CFDT afin de peser auprès de leurs interlocuteurs locaux et rendre au vélo la place qui est la sienne sur leur territoire. « Nous sommes de plus en plus nombreux à être sensibles à ce sujet, précise Hervé. Les sections CFDT qui veulent nous rejoindre sont les bienvenues ![1] » L’ambition de ces militants est de pouvoir offrir une alternative aux 85 000 salariés qui se croisent, pour la plupart en voiture, chaque jour, matin et soir, pour rejoindre leur poste de travail dans l’une des 7 800 entreprises de la zone d’activité. Un va-et-vient incessant qui multiplie les nuisances, « sans oublier tout le stress et la fatigue que ces déplacements peuvent engendrer chez les salariés et les riverains », souligne Hervé.

Lever les freins à la pratique du vélo

Une enquête menée localement révèle que seuls 2 % optent pour le vélo comme moyen de transport, alors qu’un salarié sur cinq habite à moins de 30 minutes à vélo de son lieu de travail. Peut mieux faire. Par ailleurs, l’Insee, dans une étude parue en 2019, rappelle que si « un tiers des salariés français, soit 7,5 millions de personnes, vivent et travaillent dans la même commune, ils sont 51% à effectuer, le trajet domicile-travail en voiture. » « Il y a une marge de progression énorme, insiste le militant élu au sein de MBDA. À condition de lever les freins. Et ils sont nombreux : peur du comportement des automobilistes, manque de signalisation dans l’espace public, incivilités, routes mal entretenues… La ligne d’arrivée n’est pas en vue. Bien au contraire. Hervé lui-même usager quotidien de la petite reine a dû renoncer à son vélo pendant un an : « Un camion m’a coupé la route. J’ai eu la peur de ma vie. » Il lui aura fallu reprendre confiance avant de parcourir à nouveau les neuf kilomètres qui le séparent de son travail.

Aménager l’espace public

« Les entreprises et les collectivités territoriales doivent absolument améliorer les équipements et assurer la sécurité des usagers. » Pour être certain que le message soit entendu, les militants ont adressé leurs revendications aux candidats lors des dernières élections municipales et ont massivement tracté auprès des travailleurs pour faire connaître leurs attentes. Ils demandent aux collectivités la sécurisation et la création de pistes cyclables sûres et des parkings couverts pour les vélos. Ils interpellent aussi régulièrement leur direction.

« C’est un sujet de négociation dont il faut se saisir », précise Hervé. Dans leurs établissements, ils revendiquent l’installation de douches afin de pouvoir se changer en arrivant, le développement de flottes de vélos à disposition des salariés, ainsi que des incitations financières (mise en place de l’indemnité kilométrique vélo ou aide à l’achat d’un bicycle.) Alors que la pandémie de Covid-19 a eu pour conséquence immédiate la transformation des habitudes de déplacements des Franciliens et un accroissement sans précédent du nombre de cyclistes sur les routes, il y a urgence à engager des actions durables.

« Certaines communes ont mis en place des pistes cyclables temporaires protégées, avec des marquages au sol et des balisages, se félicite Hervé. Un premier pas à saluer. Il faut maintenant que ces équipements deviennent pérennes. » Malheureusement, dans le même temps, les entreprises ne jouent plus le jeu ; certaines ferment les vestiaires et réduisent les zones de parkings à vélo, en invoquant des risques sanitaires, pointe le syndicaliste. La route est encore longue pour qu’enfin, comme le chantait Joe Dassin, en Île-de-France et ailleurs, « à vélo, on dépasse les autos. »

glefevre@cfdt.fr

[1] Retrouver l’actualité du collectif VélotafCFDT sur Twitter @VelotafCFDT.