Nouvelle saignée pour l’emploi chez Vallourec

Publié le 20/11/2020

Le leader mondial des tubes sans soudure pour l’exploitation pétrolière et gazière, en graves difficultés financières, vient d’annoncer un plan social d’envergure. Il prévoit la suppression de 1 000 emplois dans le monde (sur 18 000) dont 350 en France (sur 3 000). L’usine de Déville-lès-Rouen, en Seine Maritime, qui emploie 190 salariés, devrait fermer en juin prochain. La CFDT ne compte pas en rester là et monte au créneau, en intersyndicale.

On ne peut pas dire qu’ils ne s’y attendaient pas. Déjà en septembre dernier, les représentants du personnel avaient lancé un droit d’alerte et mandaté le cabinet Sécafi pour étudier la situation économique de Vallourec, le leader mondial des tubes sans soudure pour l’exploitation pétrolière et gazière. Mais tout de même, l’annonce a fait l’effet d’un « coup de massue » : mercredi 18 novembre au soir, le groupe annonçait son intention de supprimer 1 000 emplois dans le monde (sur les 18 000) dont 350 en France. Ainsi que la fermeture de l’usine de traitement thermique de Deville-Lès-Rouen, qui compte 190 salariés, prévue pour juin 2021. Un coup très dur pour ce site, qui avait déjà fait l’objet d’un plan social en 2016, avait vu fermer son laminoir et partir 188 salariés. 

La faute au Covid ?

La crise du Covid a bien entendu joué un rôle dans les difficultés du groupe, dépendant à 80% des activités liées aux marchés du pétrole et du gaz. Du fait de la baisse de la consommation de pétrole (mise à l’arrêt du secteur aérien…) et de la chute des cours, les compagnies pétrolières ont dû suspendre leurs projets d’investissements. Mais cette crise n’a surtout fait qu’amplifier une situation déjà fragile, Vallourec ayant été très durement éprouvé par deux crises successives en 2008 et 2014.

Choix stratégiques contestables

« Nous payons aussi les conséquences de choix stratégiques du groupe, qui s’est évertué à concentrer nos débouchés uniquement dans le tout pétrole », dénonce Guillaume Wolf, DSC CFDT du groupe Vallourec. Pourtant le groupe a des perspectives dans la transition écologique. Comme par exemple l’hydrogène ou la capture du carbone, où Vallourec peut faire valoir ses technologies (tubes de grand diamètre pour transporter l’hydrogène). « En fermant Deville-lès Rouen, on se prive d’un outil industriel qui justement aurait pu contribuer au développement de la filière hydrogène », ajoute Guillaume, qui ne manque pas de souligner « qu’en parallèle, le gouvernement met 7 milliards sur cette filière ».

Une dette colossale

Le résultat, c’est un groupe aux abois, plombé par une dette de 3,5 milliards d’euros de dette, dont 1,7 milliard à rembourser d’ici février 2021 (le service de la dette pesant pour 175 millions d’euros par an). En parallèle des réductions d’emplois annoncées, le groupe a donc annoncé lancer une restructuration financière, en demandant aux actionnaires et créanciers de convertir la dette en capital. Ce qui inquiète pour le moins les représentants des organisations syndicales du groupe, qui craignent « que les financiers prennent le contrôle de Vallourec, avec un nouveau démantèlement industriel à la clé ».

Et l’Etat dans tout ça ?

Alors que la première réunion entre la direction et les représentants du personnel se tiendra lundi 23 novembre, où seront détaillées les mesures du plan social, l'intersyndicale CFDT, CGT, FO, CFE-CGC en appelle à l'État. Celui-ci est actionnaire majoritaire de Vallourec à hauteur de 15 % du métallurgiste via la BPI (à égalité avec le producteur d'acier japonais Nippon Steel). « L’Etat doit prendre ses responsabilités et protéger l'emploi industriel en France », demande l’intersyndicale.

epirat@cfdt.fr

Photo Franck Crusiaux / Réa