Transparence et dialogue social désormais au menu chez Brioche Dorée

Publié le 30/12/2020

La section CFDT de Brioche Dorée a détrôné en 2018 l’organisation syndicale historique de l’entreprise. Depuis, elle met en place une gestion transparente du CSE et tente de raviver un dialogue social mis à mal ces dernières années.

« Historiquement, Brioche Dorée était un fief de Force ouvrière. » Oui mais voilà, Mamadou Barry, l’actuel délégué syndical central (DSC), et la solide équipe de militants CFDT se sont employés pendant plusieurs années à détrôner cette organisation. Le travail syndical de proximité de Mamadou – « un peu seul au début des années 2000, puis progressivement renforcé par une présence de plus en plus nombreuse et dynamique de nouveaux d’adhérents » – a fini par payer.

Repères

• Créé en 1976, le groupe Brioche Dorée est une entreprise de restauration rapide qui emploie aujourd’hui 1 400 salariés et comptait 619 magasins en 2019 (dont 60 % sont franchisés).

• Aux élections du comité social et économique (CSE), en 2018, la CFDT est arrivée en tête avec 50,75 % des voix devant FO (29,82 %) et la CGT (19,43 %). La CFDT dispose de 10 sièges sur 19 au CSE et 10 sièges sur 19 de suppléants.

• La section compte 160 adhérents.

Au fil des élections, la CFDT a grignoté des voix puis avancé de façon spectaculaire. Elle passe de 17 à 22 % puis 30 % pour finalement recueillir en 2018 50,75 % des voix. « Nous savions que nous allions de nouveau progresser, explique Farideh Kivan, élue au CSE, mais de là à franchir la barre des 50 %… » « C’est le travail inlassable de tournées, les contacts réguliers avec les salariés, les réponses à leurs interrogations, dans les différents magasins en Île-de-France et dans tout le pays, qui les ont convaincus de voter pour nous », commente Mamadou Barry. « La volonté de changer d’équipe a également joué », ajoute la déléguée syndicale Colo Hadiatti, qui a elle-même quitté FO pour rejoindre l’équipe CFDT il y a sept ans.

Le dossier du treizième mois

Le bilan de la section plaide en sa faveur. Bien que minoritaire avant 2018, la CFDT obtient des avancées en matière de conditions de travail comme de rémunération : la mise en place des chaussures de sécurité, la ceinture dorsale, une carte de tiers payant de la mutuelle et une prime d’ancienneté annuelle allant de 300 à 800 euros. Cette dernière constitue un premier pas vers le treizième mois pour la section, qui en a fait son cheval de bataille. « Depuis 2013, nous sommes sur ce sujet, raconte Mamadou Barry. À l’époque, nous avons organisé une opération escargot dans plusieurs magasins parisiens. On payait avec des pièces jaunes pour ralentir le service dans les magasins et en région. » Sur cette revendication du treizième mois, la CFDT est alors en intersyndicale avec la CGT et FO… qui quittera le navire avant d’avoir obtenu quoi que ce soit. Et si, à ce jour, la section n’a pas obtenu totalement satisfaction, elle promet de ne pas lâcher le morceau. Même si, depuis 2015 et l’arrivée d’un nouveau DRH, le dialogue social s’est tendu, compliquant la tâche des élus. « Nous avons à plusieurs reprises établi des PV de désaccord lors des négociations annuelles obligatoires mais la direction n’en a pas tenu compte. »

Grand besoin de transparence

« Dernièrement, le CSE s’est prononcé contre les fermetures de magasins [qu’il s’agisse de fermetures temporaires, définitives ou encore de ventes en franchise]. C’est un vrai sujet, qui inquiète les salariés. Même s’ils ne gagnent pas énormément à Brioche Dorée, ils sont attachés à l’entreprise. En 2014, il y avait encore 2 000 salariés dans le groupe ; aujourd’hui, nous ne sommes plus que 1 400. Les explications de la direction concernant la fermeture des restaurants ne nous convainquent pas, poursuit Mamadou Barry. Nous avons lancé un droit d’alerte en février dont l’activation a été retardée en raison de la crise sanitaire. »

De fait, « le passage du CE au CSE a été pénalisant, car synonyme de diminution de nos moyens », admet Abdel Boukhchima, représentant syndical CFDT. Alors, depuis les dernières élections, les militants CFDT ont mis en place une nouvelle gestion fondée sur le dialogue et la transparence. Les salariés qui utilisent le CSE y sont très sensibles. « Nous gérons les comptes dans la transparence, affirme Karima Margoux, la secrétaire du CSE. Cela dit, lorsque nous avons récupéré les comptes, nous n’avons pas eu accès à tous les documents. »

Depuis 2018, tous les ans, les comptes sont présentés aux salariés, et toutes les dépenses justifiées. Le CSE a ainsi pu augmenter les chèques-cadeaux de 30 à 45 euros par salarié – y compris ceux qui viennent d’arriver dans l’entreprise. Les employés sont également plus nombreux à bénéficier des offres de vacances. Ces avantages liés aux activités sociales et culturelles du CSE ont une place particulière dans cette entreprise où la plupart des salaires perçoivent le Smic. « Certains travailleurs peuvent rester quinze ans sans bénéficier d’aucune augmentation individuelle ! », observe Silman Soumare, élu CSE.

Bien que la crise de la Covid ait ralenti l’activité économique de l’entreprise et l’activité syndicale, avec des tournées de plus en plus difficiles, « nous avons hâte de renouer le contact avec les salariés, de faire de nouveaux adhérents et de préparer la relève », résume le DSC. Malgré les obstacles, l’équipe entend bien faire vivre le dialogue social aussi dans l’entreprise… « Et faire comprendre à la direction que nous ne sommes pas contre elle mais que nous voulons travailler avec elle dans l’intérêt de tous. »

dblain@cfdt.fr