Un café juridique pour aider les jeunes salariés dans le 44

Publié le 28/12/2020

Depuis un an et demi, des militants CFDT proposent chaque deuxième jeudi du mois un café juridique accessible à tous les salariés nantais et de la région pour évoquer leurs problèmes dans une ambiance détendue. La recette d’un succès.

Raïssa en a les larmes aux yeux. Cette Russe de 50 ans, hôtesse de caisse dans un supermarché de la région nantaise, est accusée d’avoir volé 1 070 euros dans la caisse. Aucune preuve, pas de témoin… mais des collègues qui la soutiennent, assure-t-elle. Son patron, un franchisé d’une chaîne de la grande distribution, lui a proposé de signer un document par lequel elle reconnaît avoir touché 500 puis 570 euros en liquide de la main de son employeur pour régler le litige, avant de menacer de la licencier. Entre-temps, la somme mentionnée a été déduite de sa paye. « Ça me fait vraiment plaisir, votre aide ! », balbutie-t-elle en retenant ses sanglots et en tenant le papier qu’elle a rageusement déchiré quand elle a compris les conséquences qu’il pouvait engendrer.

La scène se tient au 16 rue d’Alger, dans le centre de Nantes, où des militants CFDT du café juridique ont élu domicile le deuxième jeudi de chaque mois. Aujourd’hui, ce sont Gwendoline Colas, responsable juridique de la CFDT de Loire-Atlantique, et Patrick Morival, secrétaire du Syndicat des services de Loire-Atlantique, qui s’y collent. Accompagnés de Viviane, Pierre, Nicolas et Hugo, ils débroussaillent les dossiers en préparant des fiches sur chaque personne reçue. Gwendoline et Patrick vont tenter une intermédiation avec le patron de Raïssa pour une sortie honorable (une rupture conventionnelle, sûrement) et peut-être un peu au-delà du minimum légal. Humiliée devant ses collègues, Raïssa ne veut plus retourner sur son lieu de travail et subir la pression de sa hiérarchie.

CFDT : “Conseils Flash en Droit du Travail”

« L’idée du café juridique est née au printemps 2019, commente Patrick. Nous avions constaté que les jeunes salariés des TPE rechignaient à venir dans nos locaux syndicaux. Le cadre y est souvent trop formel, et les échanges s’en ressentent. L’ambiance du café est plus propice à l’extériorisation. » Le code du travail sur une table du bistrot et quelques T-shirts orange siglés CFDT (« Conseils Flash en Droit du Travail ») trônent dans ce décor de bar coopératif où la Cimade accueille des migrants, où se donnent des cours de français pour étrangers et où ont lieu régulièrement des concerts de jazz manouche. « C’est un endroit qui correspond bien aux valeurs de la CFDT. Le propriétaire est très ouvert, commente-t-il. On y travaille beaucoup mais l’ambiance est détendue et l’expression des malaises des salariés y est plus facile ; la parole se libère plus facilement en buvant un café, une bière ou un verre de vin. Certains adhérents préfèrent d’ailleurs venir nous rencontrer au café plutôt que dans nos locaux ! »

L’équipe a d’abord tenté d’instaurer une permanence le midi – pensant que la pause déjeuner serait favorable aux rencontres… mais ça n’a pas marché. Le soir non plus, trop tard. Restait le créneau de 18 à 20 heures. « Ce fut le succès immédiat, confirme Gwendoline. Parfois, nous sommes débordés. » Côté commerce, le café « Mon Oncle » s’y retrouve… À tel point que le propriétaire envisage de dupliquer l’expérience, avec des permanences juridiques et associatives, à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), où il vient de racheter un bar. « Il y a bien la CFDT à Saint-Brieuc ? », a-t-il demandé. Patrick l’a vite rassuré !

Un public jeune… accueilli par de jeunes militants

Le public est essentiellement constitué de coiffeurs, de salariés de la propreté, de la formation ou de la grande distribution. Tous les âges sont représentés mais les jeunes sont majoritaires. Les militants CFDT le sont également. « On s’est entourés de militants de moins de 40 ans, de conseillers du salarié, de défenseurs syndicaux. Ils sont une dizaine à tourner sur la permanence », assure Gwendoline. « Et certaines soirées se terminent à 22 heures ! », se souvient Viviane… Il faut dire que l’inspection du travail de la région, débordée par les demandes, a eu vent de l’existence de ce café juridique et y a envoyé nombre de salariés.

Après un an et demi d’existence (en mode pause pendant le confinement), Gwendoline a déjà réussi une quarantaine de nouvelles adhésions lors du café juridique. Les rendez-vous, eux, s’enchaînent en cette soirée du 10 septembre. Une jeune femme pleine d’enthousiasme, salariée d’un organisme de formation, s’impatiente. Elle ne sera pas élue au sein des instances représentatives du personnel aux prochaines élections du comité social et économique, n’ayant pas suffisamment d’ancienneté dans sa boîte. Qu’à cela ne tienne, la rassure Gwendoline, en sirotant son Chamasûtra (un petit vin du Gard). Il sera possible de provoquer de nouvelles élections à la demande de la CFDT en cas de carence aux deux tours. Ce qui arrive fréquemment dans cet établissement, qu’elle connaît bien. D’ici là, cette salariée, qui compte s’impliquer plus avant dans le syndicalisme, aura enfin l’ancienneté requise.

dblain@cfdt.fr 

Pour plus d’infos, s’adresser à Cfdt44juridique@gmail.com ou rendez-vous sur https://www.youtube.com/watch?v=uLgs02uZhao.